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Jacques SCHU

 

"Mes souvenirs de Bernard..." par le frère de ARSCHU, jacques SCHU....Le webmestre du site remercie infiniment jacques d'avoir cristallisé par écrit ses souvenirs et de nous autoriser à en profiter....

"Mes souvenirs de Bernard, mon grand frère.

Il est né en 1946, le 29 août, mois de Marie que vénérait notre Père. C’était le premier enfant de Marcel et de Fernande dite Nadou (Maman détestait cet horrible prénom dont ses parents Pierrard l’avaient affublé en souvenir d’un oncle).

Nos parents s’étaient rencontrés à Fourchambault, près de Nevers, où la famille ardennaise de maman s’était réfugiée au début de la guerre. Mon père, parisien de souche, s’était retrouvé là pour suivre sa carrière dans une usine d’aviation où maman était secrétaire. Rencontre donc, puis mariage un certain 6 juin 44. Mes parents reviennent sur Paris un peu avant la libération et s’installent dans un petit appartement du 12 rue du sergent Maginot, dans le XVI ème, près de la Porte de St Cloud.

C’est là que nous avons grandi, Bernard et moi, scolarisés en face de chez nous (l’école élémentaire du Parc des Princes), puis au collège de la rue Chernoviz près de la rue de Passy. Une famille très catholique, manquant souvent de moyen à cause de la longue maladie de notre père qui finira par l’emporter en avril 1965, mais une famille unie et heureuse.

Bernard sera sans doute le plus marqué de nous deux par la disparition de notre Père.

Il était à l’époque dans une école (l’EPDI je crois), mais sa seule passion était la radio, alors qu’il possédait bien d’autres qualités pour l’écriture et la peinture notamment. On lui avait offert un magnétophone, qui ne le quittait jamais, et sur lequel, constamment, il enregistrait les sons de la vie, à la manière d’un photographe en collant sur ces « images » sonores ses propres commentaires.

Il avait à peine 17 ans lorsqu’il fut lauréat d’un concours organisé par France Inter pour lequel il avait envoyé son premier pilote d’émission : je regrette de ne pas en avoir de trace, c’était un petit bijou de technologie de la débrouille, avec bruitages, sons trafiqués, voix… Bref, du talent.

Je me souviens que dès lors, la radio devint sa famille : dès qu’il le pouvait, il assistait aux directs de José Arthur, de Jean-Louis Foulquier… Et en 1966, ce qui devait arriver arriva : il est recruté par RTL tout à la fois comme jeune réalisateur (émissions de Georges Decaunes et bien d’autres) et  surtout comme animateur des tranches nocturnes en direct de la Villa Louvigny au Luxembourg.

La grande aventure RTL commençait.

Bernard devient très vite un interlocuteur très courtisé des directeurs artistiques des maisons de disques. Il passait pour un véritable talent scout et on lui doit d’avoir ardemment participé – en les programmant à outrance – au lancement de talents de cette époque (Yvan Rebroff, Catherine Lara, Jean loup Le Forestier, et plus tard Desireless…) et même d’avoir aidé, par ses programmations à contre courant, certains artistes pendant leur « traversé du désert » dont l’illustrissime Claude Nougaro.

C’était cela Bernard, un fou des musiques les plus diverses, un travailleur acharné, pouvant passer des nuits entières à préparer ses émissions, ses intros, ses synthèses d’interview peaufiner ses fameux « jingles » dont certains lui ont survécus et dont il fallait assister à l’élaboration pour mieux admirer ses doigts de fée : de la haute couture sur bande magnétique !

Aujourd’hui où tout passe par le numérique, ce fanatique de nouvelles technologies aurait été le plus heureux des hommes !

A l’époque déjà, après que le Président Rosco (fameux animateur de Radio Caroline) eut fait un bref passage chez RTL, c’est à Bernard que l’on a demandé de reprendre les commandes du premier studio automatique qu’on lui avait fait fabriqué sur mesure. Bernard était le seul à savoir pleinement l’exploiter, à en tirer la quintessence…

 Plusieurs fois, avec d’autres, je suis venu chez RTL (à Paris et à Bruxelles) admirer l’artiste, pianotant sur son tableau de bord de Boeing, lançant ses jingles, callant ses vinyles avec une maestria à fait rougir nos rappeurs… Sans oublier sa voix aux intonations chaudes.

Il était époustouflant et pour toux ceux qui ont aujourd’hui mon âge et étaient ses « écouteurs » passionnés à l’époque, il reste un exemple. Et j’en suis fier pour lui.

Le temps passe avec son lot d’incertitudes et de réussites (WRTL).

Bernard, comme beaucoup à l’époque, se laissera aller aux excès de ce monde bizarre du show business : hash, alcool, cocaïne, etc.… Le parcours classique et mortel des enfants gâtés de ces années si riches en talents.

Mais lui est un être bizarre, honnête jusqu’à l’absurde.

Il décide de se confier à sa direction, de dire son désarroi, ses doutes quant à sa capacité à être toujours le meilleur.

Quel drôle de personnage !

Il quitte donc RTL, avec armes et bagages, dont un nouveau studio automatique, conçu pour lui et qui avait la particularité d’être entièrement démontable : l’ancêtre du studio portable inventé et dessiné par lui.

Il crée une petite société PACIFIC 261, du nom d’une locomotive à vapeur, un jouet qui, comme dans ROSEBUD, l’avait fait rêver enfant.

Chaque semaine, il met à disposition des clubs abonnés son Hit parade (je ne crois pas que ce ne fut jamais rentable) et puis, des galas, avec son studio automatique et ses roodies pour - là encore - des résultats financiers médiocres. Mais Bernard s’en fichait éperdument car je pense que l’argent ne l’avait jamais intéressé.

Dernier épisode : son ami Garcia l’appelle pour lancer une nouvelle radio, Europe 2. Bien sûr il accepte, pour Garcia, pour FILLIPACHI (pardon pour l’orthographe) et pour sa passion de la musique. Ce sera un succès immédiat, mais pour mon grand frère c’est déjà le chant du cygne.

La maladie est là, qui attend patiemment son heure et qui, en mai 1991 l’emportera comme tant d’autres talentueux personnages de sa génération frappés de plein fouet par ce terrible fléau.

Nadou est restée à ses côtés, jusqu’au bout de sa lente agonie dont il attendait l’issue avec flegme.

Il m’a fait une confidence, peu de temps avant de partir : « … Tu sais Jacques, durant toute ma vie professionnelle, chaque fois que la lumière rouge du direct s’allumait, j’avais peur ! »

Le papillon de nuit ne supportait pas la lumière.

Alors, ce fou des ondes, ce merveilleux alchimiste d’émissions, ce chercheur méticuleux de nouveaux sons, cet homme de la nuit qui était si heureux de rester seul dans son studio désert jusqu’au petit matin à bidouiller ses jingles prenait un pétard, ou un verre, ou une ligne de coke, ou n’importe quoi… Pour affronter ces « chers auditeurs » qui lui faisaient si peur :

« BERNARD SCHU…ARDSCHU… ARDSCHU… ARDSCHU… ARDSCHU… »"

 Jacques Schu. 2 octobre 2006.

 

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Dernière mise à jour :
 09 novembre 2006